Un monogramme christique restauré remis en valeur.
Grâce à l'élargissement de la rue de Maizeret entre l'église et les écoles communales, à hauteur du n° 50 et entre les n° 41 et 47 de la dite rue, par la reconstruction du long mur qui menaçait ruine et qui constituait un danger public, après avoir été exproprié et indemnisé depuis trente ans (1979), enfin, la ville a pris le taureau par les cornes pour éliminer ce chancre et ainsi, réédifié un mur consolidé en réemployant les anciens matériaux qui donnent un cachet très beau à l'ensemble de la muraille dans laquelle est encastrée une œuvre unique en son genre dans un village ou, tout du moins, rarissime. Les ennuis causés à la circulation par l'installation de feux provisoires sur une durée de quatre long mois sont désormais oubliés étant donné la réussite du travail, c'est de la "belle ouvrage." 

La pierre dont question qui passait inaperçue auparavant est à présent mieux mise en valeur et mieux centrée du fait de son déplacement de quelques mètres et de sa surélévation. Maintenant, avec sa partie supérieure en anse de panier formant une corniche légèrement arquée, dépassant le faîte de la construction, on peut s'en féliciter et dire que cette nouvelle disposition est géniale; elle n'échappe plus à la vue du passant et attire forcément les regards d'autant plus qu'elle est fleurie en permanence. Les avis sont unanimes, tant quant à la qualité du travail exécuté qu'au nouvel emplacement. Ajoutons que la pierre a été entièrement ravalée et a fait l'objet de tous les soins de l'entreprise pour la démonter et la garder intacte, sans bris. C'est remarquable car, bien souvent, à cause de la vétusté et ici, en raison de son exposition à l'ouest, le risque était grand. Elle a aussi subi un traitement de protection. Le démontage réussi est à mettre en exergue et doit être porté au crédit de la dextérité des maçons. Ce ne fut pas le cas lors du démantèlement d'un autre témoin du passé lors de la construction du local de chauffage de l'église : une pierre aux dimensions similaires encastrée dans le mur occidental de la chapelle de la Vierge a dû être descellée et à cause de son ancienneté (XVIe siècle) fut brisée en plusieurs endroits. Entreposée provisoirement à l'extérieur, elle avait subi les outrages de vandales de sorte qu'il n'en a subsisté que quelques fragments encastrés à l'intérieur de la nef Notre-Dame. Que représentait cette œuvre ? C'étaient les blasons en relief des seigneurs d'Eve et de Berlo; elle était de belle facture à grandes dimensions et surmontées de l'effigie d'Adam et Eve (allusion à la famille d'Eve, châtelains de l'époque) tenant en mains chacun, le fruit défendu en l'occurrence la fameuse pomme. Les personnages étaient séparés par l'arbre de vie du paradis terrestre. L'humour existait déjà en ce temps-là ; EVE - d'Eve.

Venons-en maintenant à la description du monument faisant l'objet de l'article. Celle-ci n'est pas facile en raison de l'absence de récit afférent et de chronogramme pouvant mur 2 15situer l'époque d'érection. Ce sera donc une tentative d'exposé et... que le lecteur soit indulgent vis-à-vis du narrateur qui va essayer de faire pour un mieux. Les dimensions tout d'abord; l'édification fait Im45 en hauteur, 2m40 à sa base (largeur maximale) et Im40 sur la largeur centrale, car de haut en bas la réalisation va en s'élargissant en forme elliptique pour se terminer à sa base par une banderole largement déployée semblant soutenir l'ensemble qui est très élégant et d'un style léger plaisant même à l'œil peu averti. L'ensemble est vraiment gracieux. Quelle date de construction pourrait-on attribuer à ce monument ? L'époque est difficile à discerner, mais compte tenu du caractère des lettres et de l'orthographe, c'est certes largement d'avant l'ancien Régime, c'est-à-dire au début du 18e siècle. Bien des gens se demandent comment cette pierre a été édifiée à cet endroit et pourquoi; on peut dire avec certitude que la pierre a été déplacée, car la maison de la propriété a été construite en même temps que le mur à la fin du 19ème. Mais d'où vient-elle ? Question pertinente et à cinq euros. Les avis sont unanimes, l'œuvre est d'origine jésuite car on relève en son centre le monogramme I.H.S., abréviation de la citation latine Jésus Hominum Salvator qui se traduit Jésus Sauveur des Hommes, emblème repris par cette congrégation. Il suffit de voir leurs églises et maisons où ce sigle est omniprésent. La période de façonnement pourrait être située certes bien après la fondation de l'ordre en 1540, peut-être à la période de la suppression partielle de l'ordre entre 1773 et 1814, qui corroborerait l'évaluation approximative de la date émise plus haut en premier lieu. Aussi comme point de référence l'église Saint-Loup à Namur dont la première pierre fut posée en 1621 (église Saint-Ignace de Loyola à l'époque) et consacrée en 1645, dédiée à saint Loup quand elle est devenue paroissiale après l'abolition de l'ordre des jésuites. Mais, ce qui est intéressant, c'est d'observer l'imposante façade en calcaire de Meuse de cette église qui comporte trois niveaux distingués par des entablements. Le dernier étage en son centre possède une cartouche qui porte aussi le monogramme du Christ I.H.S. adopté par la compagnie et les trois clous de la Passion. C'est un grand frontispice ou dalle entre des consoles sous fronton triangulaire surmonté d'une croix. Monture semblable à Loyers dont le rapport analogique est frappant - en miniature - mais qui est inspirée indubitablement de ce style dit jésuite. Poursuivons-en la description qui nous intéresse davantage; notre pierre monogrammée est de style baroque et peut aussi servir d'indice chronologique; il est surmonté d'un entablement mouluré en forme d'anse de panier finissant de chaque côté par un élément horizontal de même style marqué sur toute la longueur d'un graphisme en lettre (AP 1,5) majuscules : JESUS A LAVE NOS PECHEZ EN SON SANG. En son centre un cercle elliptique ou ovale bordé d'une moulure fine contenant les lettres I.H.S. surmontés d'une croix; ces lettres sont torsadées, la croix s'appuie sur la traverse horizontale du H. Sous ce monogramme, un cœur percé de trois clous, symbole instrument de la crucifixion. Elément central, ce monogramme est bien mis en exergue et est l'élément principal de la monture. Lobé dans une forme d'hostie comme dans un ostensoir il fait penser à un soleil radieux dardant ses rayons. Ces rayons symbolisent la lumière éclatante du Christ ressuscité présent dans le pain. Il fait penser à l'exposition du Saint Sacrement pour l'adoration en ostentation dans des orfèvreries de grande valeur identifiant l'état de Ressuscité. Les rayons de l'effigie sont aussi circonscrits par une fine moulure plus discrète que celle entourant le monogramme central. L'ensemble va s'élargissant; deux étoiles l'entourant au sommer ainsi que des guirlandes sur les côtés et le tout finissant par deux volutes disposées de part et d'autre. Tous ces éléments font aussi songer aux tympans de nos cathédrales, tambour ou espace intermédiaire sous le linteau surmontant le tout des portails. Il fait penser plus spécialement au tympan de l'abbatiale de Conques dans l'Aveyron composé, outre ses 123 personnages d'une mandorle ovale mais ici, eucharistique avec ses textes multiples incorporés sous le relief des personnages polychromes en demi-teinte. Notre édification lui est semblable par ses inscriptions. Ce n'est qu'une comparaison.
La banderole, base du monument, dénommée par les spécialistes phylactère comporte l'inscription suivante : SAINT PAVL ESCRIVANT AUX ROMAINS DITOVS CEUX QUI INVOQVERONT LE NOM DV SEIGNEVR SERONT SAVVE. EIIe se déploie sur 2m40 relevée à chaque extrémité en se divisant en deux bouts légèrement ondulés. La composition merveilleuse d'équilibre dont le phylactère est soutenu par quatre doigts d'une main, l'annulaire ne montre que deux phalanges. Ce sont sans doute des mains angéliques dont le reste du corps est caché derrière l'œuvre comme pour s'effacer devant la majesté de Dieu ou pour la mettre en évidence dans la présence eucharistique célébrée chaque fois que les chrétiens se rassemblent pour se nourrir des deux tables, celles de la Parole et du Pain consacré.
Il faut mentionner aussi l'existence d'un second monument semblable dans notre village. Il est édifié et encastré dans le mur du pignon de la ferme Lesceux à l'entrée de l'entité. Plus récente par son apparence elle a été manifestement copiée sur la première avec un verset de l'épître aux Philippiens. (Ph. 2,10) Avec sa théothèque, son saint Hubert, les statues de saint Sébastien, de saint Roch et celle de Marie et aussi le crucifix du maître-autel avec le fragment de l'ancien maître-autel représentant la pâmoison de la Vierge et conservée au musée des Arts anciens de Namur, Loyers peut s'enorgueillir d'un riche ancien patrimoine religieux. Le sait-on assez ?
PS: Les trois clous de la crucifixion sont le symbole de l'obéissance, de la pauvreté et de la chasteté. Les deux étoiles sont le sceau de saint Ignace, peut-être les symboles de sont grand désir de la Terre Sainte.

Georges Lebé

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